Il y a 25 ans, commençait l’aventure des Studios Lyne St-Roch.
Cet anniversaire m’invite à revenir là où tout a commencé, non seulement à un lieu, mais à un fil de vie. Un fil tissé de rencontres, de mouvement, d’apprentissages, de pratiques, d’écoute, de mieux-être et d’intériorité. Un fil que je partage aujourd’hui avec vous : communauté, amis, professeurs, toutes celles et ceux qui ont franchi le seuil de mes portes.
Nos vies ont un fil conducteur, même si nous ne le reconnaissons souvent que plus tard. Le mien aura été celui de l’accueil. Cette capacité instinctive de recevoir les gens, leur énergie, et de leur offrir un espace pour simplement être. J’aurais pu me réaliser autrement que par le yoga. Mais cette pratique m’a choisie autant que je l’ai choisie.
Le yoga est entier : il nous prend exactement là où nous sommes et nous transforme, à notre rythme, selon la place que nous acceptons de lui faire.
Premier contact avec le yoga : le corps
J’avais sept ans. Un matin, très tôt, sur un quai au bord du lac Memphrémagog, j’ai vu deux femmes pratiquer leurs salutations au soleil. Elles m’ont invitée à me joindre à elles. Les gestes, lents et précis, habités par le souffle, se sont imprimés en moi. Il m’a fallu des années pour y revenir, mais l’empreinte était là, intacte.
Mon enfance et mon adolescence ont été marquées par le sport intensif : nage de compétition, course, ski, voile, vélo de montagne. Puis sont venus les gyms, l’entraînement, le désir d’explorer le mouvement. Une professeure de fitness m’a proposé de travailler avec elle. Les congrès aux États-Unis ont suivi. C’est lors d’un Mind and Body Convention que j’ai redécouvert le yoga. Tout en moi a crié : « C’est ça. »
Après le cégep, j’ai enseigné le fitness, le ski l’hiver et la voile l’été. La passion du mouvement et de l’enseignement m’a poussée à approfondir les mécanismes du corps et de la physiologie.
À 26 ans, j’ai entrepris un baccalauréat en kinésiologie à Sherbrooke, puis je me suis installée à Montréal pour travailler auprès du personnel du Canadien National. J’ai étudié la massothérapie afin d’explorer plus finement les liens entre le corps et l’esprit. À cette époque, j’enseignais et j’entraînais dans les gyms, je massais à la maison. Je comprends aujourd’hui que je cherchais à m’incarner pleinement dans le corps.
En parallèle, je me formais en « power » yoga et voyageais en Californie pour apprendre. Un professeur m’a dit un jour : le yoga ne s’enseigne pas dans les gyms. Je l’ai écouté. J’ai cherché à louer des lieux plus intimes, notamment le studio de La La La Human Steps, sur l’avenue du Parc à Montréal, juste au-dessus du théâtre Rialto. Ma clientèle m’a suivie. D’autres aussi, portés par ce mouvement qui prenait doucement sa place en Occident.
Peu à peu, quelque chose se transformait en moi : une compréhension plus fine des liens entre le corps, les blessures et l’esprit. J’étais dispersée dans ma pratique, mais l’élan était clair. Je poursuivais mes études pour approfondir la dimension spirituelle du yoga.
En 2000, j’ai rencontré mon amoureux, Jean. Avec le temps, sa présence est devenue un appui précieux dans le développement des studios. Il m’a aussi aidée à m’ancrer, à m’enraciner.
En 2001, à 36 ans, alors que nous cherchions un divan sur la rue Saint-Laurent, j’ai aperçu une affiche « À louer », juste au-dessus d’un magasin de meubles. Je suis montée. J’ai su que je voulais cet espace avant même de savoir comment j’y arriverais. Le propriétaire m’a fait confiance, malgré le peu de garanties.
À l’époque, les lieux dédiés au yoga à Montréal se comptaient sur les doigts d’une main. J’ai transformé ce local pour y réunir le yoga, la massothérapie et l’entraînement privé. Nous sommes partis de rien. Nous faisions venir de grands rouleaux que nous découpions pour en faire des tapis. Mon père a taillé des blocs à partir des troncs d’arbre, ma mère les a sablés et vernis. J’ai encore de l’affection pour cette anecdote.
Les premières années ont été intenses. Je travaillais de six heures du matin à neuf heures le soir. J’ai engagé une professeure puis une autre. Très vite, tous les cours étaient pleins.
Le pouvoir d’accueil, je l’ai toujours eu. Le lieu, lui, pouvait enfin exister.
à suivre…