La petite histoire des studios : Les années dynamiques

Les années 2001 à 2010 ont été portées par un élan puissant, une période d’expansion, d’exploration et d’intensité. Je les appelle les années dynamiques. En yoga, elles correspondent au premier degré d’union : s’unir au corps.

Ma pratique personnelle s’est développée en parallèle avec celle du studio. Enseigner a toujours été, pour moi, une manière d’apprendre. Je faisais partie du processus. Tout passait par l’expérience directe, par mes propres découvertes. J’ai tourné mes premières vidéos de power yoga, puis de yoga et relaxation, qui ont connu un large rayonnement. Le yoga prenait sa place au Québec.

Peu à peu, un déplacement s’est opéré. D’une pratique tonique, je me suis rapprochée d’un yoga inspiré par l’approche de B. K. S. Iyengar, avec une attention plus fine portée aux principes d’alignement. Je passais de l’extérieur vers l’intérieur. J’apprenais à m’enraciner, et non plus seulement à me déployer.

Le studio, lui, grandissait à vive allure. C’était un lieu baigné de lumière, avec de grandes fenêtres à l’avant et à l’arrière. J’en prenais soin comme d’un prolongement de ma pratique. D’un seul espace, celui qui deviendra le « studio A », nous avons pris de l’expansion : un deuxième local, puis une grande réception. L’espace d’accueil a toujours été essentiel pour moi, comme un seuil, une transition. Nous avons rapidement occupé tout le premier étage de l’immeuble ainsi qu’une partie du troisième. Au terme de cette période expansive, quatre salles pouvaient fonctionner simultanément. Une vingtaine de personnes s’affairaient alors au bon fonctionnement des studios. L’offre de cours s’est affinée : introduction au yoga, prénatal, postnatal, 50 ans et plus, yoga avancé, puis restaurateur.

Je poursuivais mes apprentissages, ici et ailleurs, nourrissant sans cesse ma pratique. J’ai fait appel à des enseignants qui détenaient d’autres connaissances, notamment celles des Yoga S?tra et celles du yoga de la non-dualité. J’ai appris à leurs côtés. Les collaborations ont été nombreuses, riches et déterminantes. En 2004, j’ai guidé ma première retraite à l’international; une véritable révélation. Puis, un de mes enseignants m’a invitée à l’assister lors d’une formation destinée à de futurs professeurs. Ce fut un point tournant. En 2005, j’ai commencé à proposer mes propres formations en enseignement du yoga. Graduellement, j’ai intégré ces expériences pour façonner une approche qui deviendrait celle du yoga pour la santé globale.

J’aurais pu glisser vers une posture de « guru », dans l’interprétation négative du terme. Il y avait en moi une ouverture au mystique, une capacité à « décoller ». Mais j’ai su que ce n’était pas le chemin à suivre. J’ai donc pris le recul nécessaire, comme si la vie me rappelait doucement de garder les pieds sur terre et de creuser à l’intérieur de moi-même au lieu de m’éparpiller dans l’univers des multiples approches spirituelles. C’est en soi-même que se passe et se vit l’expérience yoguique.

C’est aussi durant cette période que ma compréhension de l’égo a changé. Je ne le percevais plus comme une identité figée, mais comme une part de moi en mouvement. Un premier pas vers le deuxième degré d’union : l’union à soi, cette partie de nous-même qui mène à la conscience de l’égo.

En parallèle, ma vie personnelle s’enracinait. En 2003, Jean et moi avons acheté un terrain à Fitch Bay. En 2005, nous y avons construit notre maison. Pendant mes « jours de congé », je donnais des cours dans la salle communautaire du village. Les gens venaient de partout. Ce fut une belle période. Ce qui me plaisais dans cet endroit c’était la tranquillité. Du pur silence, du bonheur hors du tumulte habituel.

En 2006 Jean a laissé son emploi de contremaître en horticulture à la ville de Montréal; un saut dans le vide pour travailler avec moi. Ça nous mettait financièrement à risque mais nous étions portés par la confiance et le projet de bâtir un centre à la campagne. On a dû s’adapter pour travailler ensemble. Un sain équilibre s’est créé avec le temps.

Nous avons en 2010 visité un local situé dans le quartier des tisserands de Magog, appartenant aux architectes, devenus nos amis, qui avaient conçu notre maison. Le lieu avait besoin d’amour, de beaucoup d’amour. Il fallait de la vision. Nous avons pourtant perçu son potentiel; sans savoir encore que c’est là que nous allions nous établir.

Lorsque je repense à cette période, je m’étonne. Je ne calculais pas. Je ne savais pas toujours exactement où j’en étais financièrement. J’ai énormément donné; peut-être parfois trop. J’ai frôlé l’épuisement. Entre les cours de groupe, les séances privées, les formations et les massages, le rythme était soutenu.

Mais je tenais, portée par une énergie profonde : la pratique, la méditation, l’ayurvéda.

Le yoga me transformait. Le studio aussi.